09/03/2009

Grisélidis aux Rois, un acte évangélique?

Dans l'Evangile selon Matthieu, le Christ déclare aux grands prêtres : "Amen, je vous le dis, les collecteurs des taxes et les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu. Car Jean est venu à vous par la voie de la justice, et vous ne l'avez pas cru. Ce sont les collecteurs des taxes et les prostituées qui l'ont cru, et vous qui avez vu cela, vous n'avez pas eu de remords par la suite : vous ne l'avez pas cru davantage".

Une décision provocatrice? Propos à leur tour provocateurs...

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17/12/2008

Noël: Marie, Elisabeth et les experts. Réponse à P. Ruetschi

 

Marie et Elisabeth, mères interdites ou impossibles, et les experts

A propos de l'édito de P. Ruetschi, TG du 17.12

Je note avec intérêt l'analogie faite par P. Ruetschi entre gourous et experts. Effectivement, l'expert est devenu, souvent malgré lui, un gourou aux pouvoirs occultes, mais d'autant plus efficaces qu'ils lui sont conférés par ceux qui, justement, vont en souffrir, le « bon peuple », les citoyens, les créanciers (tiens ça commence comme le mot crédules...). Comme celle du prêtre, la force du gourou ou de l'expert réside dans l'abandon de leurs pouvoirs et potentialités auxquels Monsieur et Madame Tout-le-monde renoncent 'librement', par facilité, par peur ou par abus de confiance.

Notre société a érigé la compétence en norme absolue pour tout accès au pouvoir et l’expert en détenteur du salut. Partout la barrière de l’ « inexper(t)ience » se ferme devant un nombre croissant d’hommes et de femmes, particulièrement les jeunes, qui sont réduits au rôle d’admirateurs reconnaissants des productions des experts et les vieux et les vieilles qui sont (dis)qualifiés de personnes qui coûtent et ne rapportent rien. Or, que ce soit en politique, en économie mondialisée, en exploitation énergétique ou en finances internationales, les récentes débâcles planétaires montrent à l’envi la fragilité des experts et de leur soit-disant expertise.

Cette « expertocratie » est fondamentalement à combattre. Elle repose sur une usurpation. L’expert n’a rien acquis ni découvert qui ne se trouvait dans le donné de ce monde qu’il n’a pas fait. Devenu autocrate ou autonome (cratos en grec = force, nomos = loi), il se prétend auteur de sa découverte et confisque à son profit les fruits de ce que d’autres lui ont permis d’acquérir.

Ensuite, l’ « expertocratie » est une expropriation. Elle dépossède de leur accès au pouvoir celles et ceux qu’elle déclare incompétents ; elle les dépossède de leur liberté d’enfants de Dieu appelés à gérer la création donnée au nom de leur première identité et compétence : se reconnaître créature : « Croissez et multipliez... » (La Bible, Genèse ch. 2).

 

C’est bien le signe que donne l’Evangile à travers ces deux naissances. Elisabeth et Marie sont toutes les deux à l’opposé de l’expert, du gourou et du prêtre, l’une par la vieillesse et l’autre par la jeunesse. Les deux : incompétentes, incapables, en dehors des normes où l’on est autorisé à produire, créer et participer. C’est pourtant elles que Dieu choisit. C’est d’Elisabeth la fatiguée que surgit la voix que fera refleurir le désert de l’espérance fanée, c’est de Marie l’inexpérimentée que sortira la divine puissance plus forte que la mort.

Joyeux enfantements à toutes les inexpertes et tous les inexperts de la terre, Dieu vous appelle aussi.

24/07/2008

Constituante et Eglise Protestante, une occasion manquée?

 Le Consistoire (parlement) de l'Eglise Protestante de Genève (EPG) vient de décider de ne pas présenter de candidats à la Constituante genevoise mais de créer un groupe de suivi : «Ce groupe sera amené à réfléchir non pas sur l'ensemble des problèmes traités par la Constituante, mais sur des thèmes qui sont particulièrement importants pour l'Église: le sens de l'Etat et les valeurs fondamentales qui le soutiennent... » (Communiqué du Conseil du Consistoire dans La Vie Protestante de juillet 2008, p. 6).

Dommage! L'Eglise rate ici une occasion. Qui plus est, elle donne un signe contradictoire: ne pas faire partie de cette importante entreprise qu'est la refonte d'une Constitution et, en même temps, prétendre « participer valablement aux réflexions de l'élaboration de la nouvelle Constituante (...) le mandat général du groupe [étant] d'accompagner, dans le sens d'éclairer, les débats par le message spécifique de l'Evangile ». Je ne vois pas très bien comment cet accompagnement sera possible, les Constituants désirant travailler probablement à l'écart de tout groupe de pression. Le Courrier ne s'y est pas trompé, parlant de « lobby »! (édition du samedi 19 juillet, p. 8). Pour ma part, je ne peux m'empêcher de trouver cette position relativement désobligeante pour le monde politique.

Un argument est présenté: respecter la laïcité: « L'EPG a un message évangélique à transmettre mais, dans un Etat laïc, elle dit ce qu'elle pense sans intégrer le monde politique » explique M. Vuagniaux, membre du Conseil du Consistoire , toujours dans Le Courrier. Cet argument n'est pas pertinent, au contraire. Outre son caractère quelque peu prétentieux déjà relevé, cette position fait fi de la culture protestante. Effectivement, en perspective réformée, la laïcité est une proposition de dialogue responsable, non d'exclusion. Contrairement à une certaine conception catholique romaine qui continue à envisager le rapport avec l'Etat en terme de rivalité (la prédominance toujours revendiquée du Pape sur les chefs d'Etat), le protestantisme est favorable à une présence dans la cité en termes de partenariat et de responsabilité différenciée, de manière critique certes, mais toujours complémentaire et respectueuse. Combien d'hommes et de femmes politiques ont fait la Genève actuelle, portés par leur foi protestante et Calvin a toujours tenu en très haute estime le ministère du magistrat. A l'heure où il devient urgent de montrer au monde politique et à la société qu'on peut être croyant et doué de raison, pratiquant et tolérant, à l'heure aussi où les besoins de spiritualité se font sentir partout, cette position est contreproductive.

Je la regrette d'autant plus que, depuis quelques années l'Eglise protestante se propose justement d'être plus présente dans la Cité...

Heureusement, je sais des parlementaires défendant les valeurs de l'Evangile et, comme l'annonce Le Courrier, des protestants se portent candidats, mais hélas, sans être nommément proposés par leur Eglise.

26/12/2007

Accueillir, est-ce laïc ou religieux? C’est humain

Il y a une année les chrétiens et chrétiennes de Genève et environs ont accepté un immense défi: accueillir le 30e pèlerinage de confiance organisé chaque année en Europe par la Communauté de Taizé. L’enjeu est immense. Il en vaut la peine: la confiance n’est-elle pas aujourd’hui précisément, une nécessité autant politique que spirituelle ? Or rien n’est gagné.
      Car notre ville est étonnante : dite ‘cité de Calvin’, source du protestantisme, elle est aussi bastion de la laïcité. Si, pendant le 20e siècle, cet ‘état de laïcité’ n’a posé que peu de problèmes aux croyants genevois, tant la culture dominante était imprégnée des repères chrétiens, si elle a aidé à la paix locale et participé au développement international de la ville, depuis quelques décennies notre laïcité peine à être source de propositions dynamiques.
      Or, elle n’est pas un dogme intangible mais une manière de vivre ensemble. Née début 20e, son objectif était pragmatique: faire vivre ensemble deux religions qui se découvraient au coude à coude et une part non négligeable d’agnostiques. Aujourd’hui, influencé par les durcissements identitaires, modifié par une immigration non chrétienne, inquiet devant  la mondialisation des valeurs, le microcosme genevois doit adapter sa laïcité sans ni la renier, ni confiner la foi dans sa seule dimension privée. Il est temps de passer de l’état de laïcité à une laïcité de propositions.
      Ce pèlerinage en est l’occasion. Certes, la communauté de Taizé est chrétienne, religieuse ; certes, ce sont des moines, mais Taizé est éminemment ‘moderne’. Première communauté monastique œcuménique, fondée par un pasteur de Genève, elle a mis au coeur de ses actes la réconciliation. Entre Français et Allemands dès la guerre, entre chrétiens, entre vie active et spiritualité par la suite. Cela ne met pas la laïcité en danger. Face au projet d’Union européenne qui peine à enthousiasmer, face à l’image que nous avons des ‘autres’, ceux que, roumains ou polonais, nous appelons parfois avec crainte ou mépris les ‘européens de l’est’, ce pèlerinage est l’occasion de modifier nos images mentales, de créer la confiance et la rencontre entre européens.
      Mais il manque encore des places pour ces jeunes qui seront plus nombreux que les coureurs de l’Escalade! Une comparaison : pour les deux c’est la 30e édition! 27’402 inscriptions à la Course, 30’000 jeunes attendus! Des bénévoles des deux côtés! Un enthousiasme partagé! Mais pas les mêmes moyens malgré des soutiens importants.
      D’où cet appel. Appel aux Autorités politiques municipales et cantonales : engagez-vous, encouragez-nous! Un appel plus particulier à M. le Conseiller d’Etat Ch. Beer : merci d’avoir ouvert des écoles pour accueillir les jeunes, mais ouvrez l’accès à l’information dans les écoles! Des jeunes ont voulu poser les affiches de cette rencontre et distribuer les papillons dans leur collège : refus au nom de la laïcité. Dommage! Appel aux médias : couvrez cet événement avec professionnalisme et ouverture d’esprit! Vous le savez : rien de cette envergure ne se fait sans vous. Appel à la population : accueillez des jeunes entre le 28 décembre et le 1er janvier. Pas besoin de chambre ni de lit. Pèlerins de la confiance, ils viennent avec matelas et sac de couchage pour vous rencontrer et se rencontrer. Dormir au chaud et recevoir un petit-déjeuner et le repas du 1er à midi: voilà ce que nous  cherchons. Du matin au soir, ils sont pris en charge par les paroisses et les Frères de Taizé. Alors?

09/12/2007

Le fusil à l'arsenal !

L’ADIEU AUX ARMES
Le débat sur l’arme militaire à la maison est relancé. Il doit être conclu, et vite, et dans le sens de la disparition totale des armes de services des foyers helvétiques.
Certes, une belle et noble tradition va disparaître. Oui, elle était belle, respectable et unique au monde ! Quelle responsabilité, quelle confiance entre peuple et autorités, entre armée et civils ! Un bel hommage rendu pendant  des décennies aux citoyens-soldats que nous fûmes.

Mais hélas, les temps on changé. L’harmonie entre armée et population n’est plus la même, l’éducation non plus, mais surtout le rapport à la violence a changé du tout au tout. Et c’est paradoxal ! Jamais, depuis le début du siècle précédent, la Suisse n’a été aussi protégée, éloignée de tout conflit militaire connu et, jamais la présence de telles armes à domicile n’a créé autant de drames ni de polémiques.  Elle n'est plus tolérable aujourd'hui et quelques larmes patriotiques valent moins que la vie d'un seul.

On peut le regretter, mais la confiance n’est plus possible qui permettait, comme avant, de confier une arme à n’importe qui. Car c’est bien de ce la qu’il s’agit : n’importe qui et les fragiles plus que les autres ! Aucun contrôle, policier, juridique, militaire, social ou psychologique ne garantira, comme ce fut le cas, le respect de la fonction ultime et unique de cette arme : permettre un accès armé au front en quelques heures. Mais, dites-moi, cela est-il encore, aujourd’hui une nécessité militaire en Suisse ?

Ce qui rend le débat difficile, c'est qu'il met en cause la raison militaire et politique de l'armée suisse au coeur de l'Europe à l'aube du 21e siècle. Ce débat-là devra être entrepris... bientôt.