Protestant et Citoyen - Page 10

  • Un Calvin émerveillé

    Calvin rigoureux, certes, Calvin et la mort de Servet, oui hélas, mais il y a aussi un Calvin ému devant l'amour de son Dieu. J'en veux pour signe sa traduction des versets 13 et 14 de l'un des plus grands psaumes, le 139: « Car tu as possédé mes reins, tu m'as couvert au ventre de ma mère. Je te célébrerai parce que terriblement j'ai été mirifié (...) » et le théologien précise sa traduction dans une note: « mirifié ou fait de merveilleuse manière ». Oui, pour Calvin, tout homme fut à son départ 'mirifié, de 'miri-facere' littéralement 'faire une merveille '; toute créature fut 'merveilleusement faite'. A méditer, non ?

  • Affaire libyenne. L'humiliation et la lourde responsabilté de l'UDC

    On a beaucoup (et trop) utilisé le terme d'humiliation. A croire que le masochisme helvétique n'est pas un vain mot...

    Quand un plus faible ou un plus honnête échoue devant plus fort et plus retors que lui, - et c'est le cas ici - l'humiliation n'est pas de son côté. Même s'il a commis des erreurs qui ont participé de cet échec.

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  • La Réforme et l'Eglise catholique

    A propos des festivités de Calvin – quelques commentaires

     

    Il a manqué, dans les offres grand public de cette Année Calvin'09, deux clés pour bien comprendre les raisons du succès foudroyant de la Réforme: la dimension européenne du travail de Calvin depuis Genève et l'enjeu théologique qui fit le terreau de la réforme: l'état lamentable de la chrétienté à l'issue du Moyen-Age.

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  • « Le Coran est-il un livre ou un mur? »

    Contribution à l'article intitulé Le Coran, le Livre ou un mur? de J.N. Cuénod paru dans la Tribune et dans son blog le 2 juillet

    Permettez-moi de poursuivre votre réflexion tout d'abord en mentionnant le livre de Rachid Benzine: Les nouveaux penseurs de l'Islam (Albin Michel, 2004). Cet ouvrage donne une vision plurielle de l'appréhension du Coran. Il permet ainsi de percevoir qu'une lecture ouverte et critique des sourates est possible et qu'elle existe depuis longtemps.

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  • Une phrase de trop

    TV Guide: une phrase de trop... hélas,sur une femme bien sûr.

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  • Iran: quel honneur pour la Suisse ?

    Iran: n'y aura-t-il que les contrats gaziers dans nos relations avec l'Iran ou quel honneur pour la Suisse ?

    Le 10 juin j'écrivais cette adresse aux plus hautes autorités suisses au sujet des graves menaces planant sur les réfugiés iraniens en Irak (au camp d'Ashraf). Pas de réponse à ce jour. Depuis, les événements en Iran même font craindre le pire, toujours pas de réaction. Certes, il n'est pas nécessaire - ni même utile - de faire des effets de manche comme certains dirigeants de pays voisins, mais il demeure qu'une information de la population sur une position ferme, lisible et claire de nos autorités serait bienvenue. Elle laverait cette tache malheureuse qui a flétri notre honneur: e voile de Mme la Conseillère fédérale M. Calmy Rey et la poignée de main de M. le Président R. Merz.

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  • La douceur de l'employé du cimetière

     

    Dernièrement j'ai, comme pasteur, accompagné une famille pour la mise en terre d'une urne dans un cimentière d'une commune genevoise.

    J'aurais voulu que vous fussiez tous et toutes là, vous qui avez perdu un être cher, vous qui accompagnez une plus fragile vers la mort, que vous fussiez là pour voir la douceur de cet employé mettant en terre les cendres de cet homme, pour lui inconnu.

    Il s'agenouilla doucement sur la tombe, devant le trou déjà préparé, prit l'urne des mains de son collègue, - non, il ne la prit pas mais la reçut comme quelque chose d'infiniment précieux -,et doucement la posa avec mille précautions tout au fond du trou profond, se penchant humblement avec elle pour lui éviter tout heurt.

    Etranger à ce défunt, ignorant tout de sa vie et de sa famille, cet employé se pencha et prit soin de cette urne, de cette vie avec des gestes d'une infinie tendresse.

     

    Il se redresse, son collègue, plus pressé (plus gêné ?), lui tend une pelle remplie de terre. Il en prend une poignée et en enlève un à un les cailloux. Comme s'il ne voulait rien blesser, ni l'urne ni la famille et le souvenir de cette vie qu'on met en terre. Les mains de l'homme sont douces, maternelles. Encore une pelletée, encore les cailloux enlevés, les mottes défaites. Nous regardons, petite assemblée, nous étions quatre. Le temps passe, plus lent, comme suspendu à ces gestes infiniment doux et respectueux.

     

    De ses mains, l'employé entoure l'urne d'une terre fine. Quelle doit être légère et bonne ainsi tassée autour de l'urne. Gestes simples et immémoriaux du jardinier. « La graine ne porte du fruit que si elle meurt... » Le trou se comble peu à peu. Le silence est traversé par le chants des oiseaux. L'homme se relève, encore tout imprégné de tranquillité. Il enlève deux ou trois brins d'herbe sur la tombe maintenant refermée, ratisse doucement le gravier et se retire.

     

    Sait-il que par sa douceur et son respect il a allégé le passage de cette âme vers la mort et préparé sa résurrection ? Sait-il aussi qu'il a témoigné de ce qui nous lie nous tous les humains à la terre: humus et humanité viennent de la même racine, humilité aussi.

     

     

  • Coût de la santé, une question taboue

    Le président du PDC ouvre un débat très sensible mais inévitable: faut-il dépenser beaucoup (trop) pour soigner des personnes en fin de vie ? Ce débat révèle la richesse matérielle de notre société mais aussi sa fragilité et son manque de confiance. Un éclairage chrétien.

     

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  • La prochaine conférence Durban II

    Sous la rubrique "PROCHE ORIENT" la Julie de ce 17.04.2009 annonce que: "Genève [est] prise au piège de la conférence antiraciste. L’Iranien Mahmoud Ahmadinejad s’impose en maître du jeu". Pas d'accord!

     

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  • PROPOS SUR LA RESURRECTION

    Il est difficile aujourd'hui de croire à la résurrection de la chair, du corps. Quand on voit le vieillissement de nos corps, leur décrépitude et la charge que cela représente souvent, on peut comprendre que leur résurrection ne soit pas une promesse qui fasse envie, cela d’autant plus dans notre société qui porte aux nues le corps jeune et le regarde, fascinée....

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  • Dieu, une invention humaine?

    Une question a été posée sur mon blog: que répondre à qui prétend que Dieu est une invention humaine?

    Je vais essayer d'y répondre dans ce cadre très publique d'un blog.
    Le point de départ et le terrain du débat:

    • Peut-être vous faut-il vous poser cette question préalable: Pourquoi voulez-vous répondre à vos interlocuteurs? Pour garder leur amitié, vous prouver que vous avez raison de croire, les convertir...?

    Ensuite il s'agit de vous assurer de la « bonne volonté » de vos interlocuteurs, mais elle semble acquise vu vos fréquentes rencontres, il me semble que vous devez être amis. Du moins je vous le souhaite pour que le partage porte du fruit. L'époque du 'combat des preuves', sinon des chefs, au sujet de l'existence de Dieu est (heureusement) passée! La réalité historique du christianisme n'est pas contestée, mais la foi oui et c'est normal. Ce qui me semble nécessaire, c'est que le débat se passe dans le respect, qui permet la confiance et le partage des doutes aussi, de quelque côté qu'ils soient.

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  • Le pape au ciel et l'humain sur la terre

    L'Evangile est-il (un) idéal ? Un éclairage protestant.

    Devant les propos du Pape sur le préservatif, plusieurs commentateurs catholiques, voulant défendre leur Souverain, croient utile de séparer l'idéal du dogme de la réalité pastorale.

    Nicolas Betticher, porte-parole du diocèse local, déclare ainsi dans Le Matin de ce jour: « Ce n'est pas au pape de rappeler les dispositions sanitaires d'un Etat de droit. Son rôle est de rappeler l'idéal, l'absolu concentré de la foi (...) » Et dans La Tribune de ce jour aussi, il précise sa pensée: « En Afrique, il [le Pape] ne pouvait que préciser l'idéal préconisé par l'Eglise catholique. Après, ce sont aux évêques de faire le reste du travail... »

     

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  • Ecône, l'œcuménisme ne doit pas faire les frais de l'unité catholique

    ecône.jpgLes remous suscités par la décision du pape de lever l'excommunication d'Ecône se sont concentrés autour des propos révisionnistes d'un de ses évêques.

    Mais il y a un autre pan de cette affaire à ne pas occulter: la position d'Ecône sur l'œcuménisme. Or on n'a pas (encore?) entendu le pape se prononcer avec la même vigueur sur cette question. Car pour la Fraternité St Pie X il n’y a qu’une seule religion vraie et sainte, fondée et instituée par le Christ Notre-Seigneur, elle s’appelle Catholique, Apostolique et Romaine et donc, pas de doute, l'œcuménisme c'est le diable!

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  • Grisélidis aux Rois, un acte évangélique?

    Dans l'Evangile selon Matthieu, le Christ déclare aux grands prêtres : "Amen, je vous le dis, les collecteurs des taxes et les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu. Car Jean est venu à vous par la voie de la justice, et vous ne l'avez pas cru. Ce sont les collecteurs des taxes et les prostituées qui l'ont cru, et vous qui avez vu cela, vous n'avez pas eu de remords par la suite : vous ne l'avez pas cru davantage".

    Une décision provocatrice? Propos à leur tour provocateurs...

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  • Minarets contre clochers

    Pour prolonger le débat, réaction à l'article de P. Chuard "LES CLOCHERS CHRETIENS EN TERRE D'ISLAM, LA QUESTION QUI PROVOQUE" dans la Tribune du 2 mars.

     

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  • Avalanche en soutane et Dieu

    Selon certaines déclaration entendues au TJ de ce soir Dieu serait pour quelque chose dans cette catastrophe et les "belles âmes" mortes dans l'avalanche le seraient par sa volonté et celles qui s'en sont sorties aussi...

    NON, Dieu n'a rien à faire dans cette avalanche. Aucune volonté divine, aucun destin céleste ne sauraient être invoqués que ce soit pour justifier les vivants ou expliquer les morts. Dans cette histoire il semble même que la fatalité ne puisse non plus être invoquée et que seules la bêtise, l'ignorance crasse (et là on peut parler de péché) soient au rendez-vous. Probablement renforcées par cette prétention de certains religieux d'être au dessus du commun des mortels, d'être tellement proches de Dieu que les lois du monde et la simple intelligence humaine ne comptent pas pour eux.

    Pour être plus près du ciel, Ecône est-elle pour autant exemptée de la plus élémentaire décence? On faisait du ski en jupe peut-être encore au début du siècle précédent, mais aujourd'hui, si vraiment ils étaient en soutane...

    L'information reçue précise que le groupe n'avait aucun équipement de montagne: "Ne disposant ni de téléphone portable ni de détecteurs de victimes avalanches, les jeunes séminaristes étaient de toute évidence sous-équipés pour une telle randonnée. Ils n'ont pu prévenir les secours qu'en redescendant au barrage". Un rescapé écrit sur un blog catholique qu'après quelques minutes de course difficile pour chercher des secours "nous atteignons la maison des gardiens du barrage. La porte était ouverte, la maison déserte, et près de la porte, un téléphone: la Providence". Non! Il ne s'agit pas de la Providence divine mais soit du hasard, soit du professionnalisme des gardiens de la cabane.

    Invoquer Dieu dans cette triste mort est grave, très grave. C'est refuser la responsabilité à laquelle il nous appelle et l'intelligence qu'il nous a donnée. C'est se cacher comme Caïn devant l'appel de Dieu : Où est ton frère?

    Mais, maintenant que la mort est survenue et que ces enfants ne seront rendus ni à leurs familles ni à leur Eglise, la prière peut être adressée à Dieu. Oui, si Dieu n'est pas responsable de ces morts, par contre Il est là pour celles et ceux qui sont meurtris, anéantis, pour celles et ceux qui auront perdu la confiance en leur Eglise et en cette Fraternité contestable. Il est là aussi pour les responsables de cette course fatale.

    Sur le site de la Fraternité St Pie X on peut lire que "le dimanche 21 janvier 2007, en la chapelle de Sion (Valais, en Suisse), a eu lieu une double prise d’habit et une oblation. Son Excellence Mgr Fellay présidait la cérémonie et célébra la messe dominicale assisté de M. l’abbé Couture, supérieur du distric d’Asie et de M. l’abbé Gresland venu du prieuré de Sierre."

    Une autre tâche, une autre forme d'oblation attendent le supérieur d'Ecône: la contrition et la simplicité de demander pardon. Puisse Dieu les lui accorder. C'est ma prière de pasteur.

  • Adresse à l'UDC

     

     
    Ras-le bol, mais vraiment ras-le-bol de vos affiches: les trois corbeaux picorant une Suisse rouge. Non, nous ne sommes pas entourés d'ennemis qui veulent nous manger. Non, nous ne sommes pas une des ces balles de saindoux parsemées de graines dont raffolent les oiseaux. Nous valons mieux. Quel mépris pour la Patrie, quel mépris pour nos concitoyens, nos hôtes et nos familles.
    Quand donc, électeurs de l'UDC, cesserez-vous d'adhérer à ces images qui, éternellement, présentent notre pays comme petit, apeuré, recroquevillé, maigrichon... ?  Il faut que se lèvent des UDCistes pour corriger ce tir. Ces images sont démoralisantes, tristes et bêtes à pleurer. Elles ne cessent de faire croire que la Suisse est un petit pays, solitaire et menacé, que tous envient. Avec vous, ça deviendra le cas, l'envie en moins...
    A chaque votation, vos images sont les mêmes: une Suisse solitaire, rétrécie, une île suspendue au milieu de nulle part, comme si le reste de l’Europe n’existait pas ou uniquement comme menace.
    Allez, arrêtez de vous plaindre, de pleurnicher sur notre identité prétendument perdue. Place à l’audace et à la fierté d’entreprendre en Europe et en Suisse, place au combat politique, économique, culturel, au combat pour le respect des travailleurs; vous avez des moyens, utilisez-les intelligemment! Rien ne s’est fait ni ne se fera avec cette attitude de repli.
    Relisez notre histoire : elle est faite de passages, de commerce, de cols franchis, de tunnels percés. Elle est faite de peurs des autres apprivoisées (cf. Ramuz ou Bouvier), d’intelligence politique et de constructeurs audacieux (cf. Pictet de Rochemont, Dufour ou Bertarelli), d'entrepreneurs (cf. Hayek et, oui !, votre Blocher). La Suisse est terre d’accueil et de rencontres, certes conflictuelles, mais 'conflit' est proche parent de 'confluent' et notre pays est à la source des grand fleuves de l’Europe de l’Ouest, Rhin et Rhône.
    En plus du mépris pour nous, votre attitude est aussi méprisante pour les autres, pour nos voisins européens déjà, même si aujourd'hui l'Europe a de la peine à se construire. Non, nous ne sommes pas seuls, au milieu ni du monde ni de l'Europe. Non, les pays européens ne sont pas des corbeaux se réjouissant de déchiqueter la dépouille de notre pays et nous valons plus qu’une boule de saindoux.
    Permettez-moi, chers UDCistes, de conclure avec cette salutation qui nous vient de Roumanie, pays où j’ai vécu : sa traiti, ce qui veut dire littéralement : vivez !

     

  • Noël: Marie, Elisabeth et les experts. Réponse à P. Ruetschi

     

    Marie et Elisabeth, mères interdites ou impossibles, et les experts

    A propos de l'édito de P. Ruetschi, TG du 17.12

    Je note avec intérêt l'analogie faite par P. Ruetschi entre gourous et experts. Effectivement, l'expert est devenu, souvent malgré lui, un gourou aux pouvoirs occultes, mais d'autant plus efficaces qu'ils lui sont conférés par ceux qui, justement, vont en souffrir, le « bon peuple », les citoyens, les créanciers (tiens ça commence comme le mot crédules...). Comme celle du prêtre, la force du gourou ou de l'expert réside dans l'abandon de leurs pouvoirs et potentialités auxquels Monsieur et Madame Tout-le-monde renoncent 'librement', par facilité, par peur ou par abus de confiance.

    Notre société a érigé la compétence en norme absolue pour tout accès au pouvoir et l’expert en détenteur du salut. Partout la barrière de l’ « inexper(t)ience » se ferme devant un nombre croissant d’hommes et de femmes, particulièrement les jeunes, qui sont réduits au rôle d’admirateurs reconnaissants des productions des experts et les vieux et les vieilles qui sont (dis)qualifiés de personnes qui coûtent et ne rapportent rien. Or, que ce soit en politique, en économie mondialisée, en exploitation énergétique ou en finances internationales, les récentes débâcles planétaires montrent à l’envi la fragilité des experts et de leur soit-disant expertise.

    Cette « expertocratie » est fondamentalement à combattre. Elle repose sur une usurpation. L’expert n’a rien acquis ni découvert qui ne se trouvait dans le donné de ce monde qu’il n’a pas fait. Devenu autocrate ou autonome (cratos en grec = force, nomos = loi), il se prétend auteur de sa découverte et confisque à son profit les fruits de ce que d’autres lui ont permis d’acquérir.

    Ensuite, l’ « expertocratie » est une expropriation. Elle dépossède de leur accès au pouvoir celles et ceux qu’elle déclare incompétents ; elle les dépossède de leur liberté d’enfants de Dieu appelés à gérer la création donnée au nom de leur première identité et compétence : se reconnaître créature : « Croissez et multipliez... » (La Bible, Genèse ch. 2).

     

    C’est bien le signe que donne l’Evangile à travers ces deux naissances. Elisabeth et Marie sont toutes les deux à l’opposé de l’expert, du gourou et du prêtre, l’une par la vieillesse et l’autre par la jeunesse. Les deux : incompétentes, incapables, en dehors des normes où l’on est autorisé à produire, créer et participer. C’est pourtant elles que Dieu choisit. C’est d’Elisabeth la fatiguée que surgit la voix que fera refleurir le désert de l’espérance fanée, c’est de Marie l’inexpérimentée que sortira la divine puissance plus forte que la mort.

    Joyeux enfantements à toutes les inexpertes et tous les inexperts de la terre, Dieu vous appelle aussi.

  • Faut-il croire au père Noël ?

     

    Faut-il croire au Père Noël

    ou Noël avec foi et intelligence

     

    Croyez-vous à Noël ?

    Il est difficile de répondre aujourd’hui à cette question. Difficile pour plusieurs raisons : on n’aimerait décevoir ni la personne qui la pose ni notre Eglise au cas où nous en avons encore une, ni, non plus, avouer ce vague sentiment de trahir une part de notre enfance, ce temps où on y croyait, où c’était plus simple… Car il y a la vie, le monde et ses interrogations, le droit à l’intelligence critique. Ces histoires de vierge qui enfante, d’étoile à suivre, de mages et de bergers, ça a marché un temps mais quand même…

    Le problème est que nous avons de la peine à faire la part entre mystère et connaissance critique. Tout n’est pas au même niveau. Nous avons besoin et de l’un et de l’autre. Nos enfants ont besoin de mystère et nous aussi, et nous, adultes et parents, avons besoin de connaissance et les enfant aussi.

     

    Alors parlons de la connaissance :

    Bien des récits, bien des images qui disent quelque chose de l’histoire de Jésus, Fils de Dieu et de Marie, ont été empruntés à la culture de l’époque et sont donc en décalage avec notre temps, notre culture, nos valeurs et repères. Nous avons donc le droit de ne pas croire à Noël (ni au Père Noël !) comme objet de connaissance, pour mieux croire au Christ ! Il importe que la ‘culture de Noël’ n’obscurcisse pas la foi chrétienne, ne soit pas un obstacle sur le chemin d'une compréhension intelligente de la Bible. L’image de la virginité de Marie, qui possède ses avantages et ses inconvénients, n’a rien d’exceptionnel, voyez les aventures des dieux de l'Olympe, celles de Jupiter par exemple. La virginité de Marie fut estimée assez bonne, au premier siècle de notre ère, pour exprimer le paradoxe de ce Dieu qui, immortel meurt et éternel naît. Serions-nous, hommes et femmes du 21e siècle, capables de trouver une autre image aussi simple et forte ? 

    Dans la bible, ancien et nouveau testaments confondus, il y a beaucoup d'images pour parler de la venue du Messie: le rejeton d'une souche vieillissante, les nations qui marchent vers la lumière, un prince de la paix, un descendant du roi David, un humain défiguré et sans apparence, un serviteur triomphant... L'Evangile de Luc nous donne l'image de la virginité; celui de Jean reprendra celle de la parole qui est une lumière; Matthieu, lui, insistera sur le rôle de Joseph et parlera des mages avec leurs connaissances.

     

    Parlons aussi du mystère :

    Croire, c’est aussi dire : je ne sais pas tout, je ne suis pas tout. Il y a quelque chose qui nous dépasse : la vie et son sens, la mort, l’amour. Croire ne serait-ce pas faire cet aveu : j’ai en moi un besoin fondamental, une soif inextinguible, un trésor toujours à découvrir ? Je ne suis pas réductible à ce que je connais, à ce que je fais, à ce que je produis. Il y a en moi un appel secret, une présence indéfinissable. Ce n’est pas tant un besoin d’enfance qu’un besoin d’espérance. Les mystères, celui de la foi, celui de Pâques et de Noël en sont le signe et l’accès. Croire ne va pas sans comprendre, mais il y a un moment où il importe de reconnaître la présence mystérieuse de Dieu en soi.

     

    Je plaide à la fois pour une intelligence de la foi et pour le respect du mystère et particulièrement à propos de Noël. La virginité de Marie, l’éveil et la mise en route des mages, les songes de Joseph ou l’adoration des bergers, tout cela n’est pas le cœur de la foi de Noël, mais son accès. Ce sont des symboles, des emprunts culturels, des chemins qui essayent de dire quelque chose de cette folie de Dieu: partager notre vie. Ces récits tentent d’exprimer cette histoire née à Pâques : en mourant, Dieu se fait humain jusqu’à partager toute la fragilité de la vie. Alors, de cette découverte, les chrétiens sont remontés jusqu’à l’autre extrémité de la vie, la naissance, et ont proposé ce paradoxe : Dieu est né d’une femme et d’une femme vierge. Paradoxe, car nulle femme ne peut être mère et vierge, paradoxe car les dieux ne naissent pas ! C’est le même paradoxe de ce Dieu immortel qui accepte de mourir de la main des êtres humains, un dieu ne se soumet jamais à l'homme.

     

    L’impossible à concevoir, l’important à découvrir, n’est donc pas tant la naissance virginale de Jésus, que ce projet fou de Dieu de partager notre vie. Alors qu’aujourd’hui bien de nos contemporains croient en un Dieu comme une force impersonnelle, superpuissance lointaine et insensible, ou alors comme une source magique et plus oumoins inaccessible, le mystère autour de Noël est le signe du respect de Dieu pour ce creux au fond de nous, pour cet appel intérieur ; il désigne toute l’humanité et l’humilité de Dieu, sa proximité, sa présence fragile et tenace, comme celle d’une mère, comme une lumière dans l’obscurité, comme un enfant nouveau-né…

  • Les morts, la religion et la propagande

     Une publicité:

    L'ambassade de Russie communique: « Il est de coutume des Eglises chrétiennes orthodoxes de commémorer des morts au 40e jour après leur décès. Nous déplorons aujourd'hui des nombreuses victimes de l'offensive géorgienne contre l'Ossétie du Sud. Elles resteront pour toujours en notre mémoire. Rien dans nos cœurs ne peut les faire oublier. (...) » signé Ambassade de Russie en Suisse. Cette annonce a été publiée sous 'publicité' dans la Tribune de Genève du 16 septembre.

     

    L'inauguration d'un nouvel institut:

    Dans Le Temps du 20 septembre (p. 5) un article signale l'ouverture ces jours à Paris d'un Institut pour la démocratie et la coopération, ce que le journamiste estime "ressembler à une provocation". Cet institut est dirigé par une russe, Natalia Narochnitskaya, membre du parti de Poutine, financé par des entreprises russes et soutenu ouvertement par le Kremlin. Le journaliste fait état de la guerre des médias occidentaux à laquelle se livrent Russes et Géorgiens et remarque que ces derniers « dominent les télévisions anglo-saxonnes et achètent de pleines pages de publicité dans Le Monde ». Il précise que Moscou « dont les moyens semblent plus limités, s'est vu refuser la publication d'un modeste encart dans Libération pour rendre hommage aux victimes de l'attaque de régime de Tbilissi » et rapporte la remarque désabusée de Natalia Narochnitskaya « nous sommes en train de perdre la guerre de la propagande » (sic!)

    Outre le constat que la Russie soviétique est bien enterrée, deux questions se posent: celle de la position de la Julie et celle de l'usage des rites religieux à but de propagande politique.

    La Julie: il semble qu'elle ait été moins critique que son confrère français, encore qu'il serait nécessaire de connaître les raisons de Libération pour refuser cette pub. Mais voici mes questions : selon quels critères cette publicité a-t-elle été acceptée dans la Tribune? Y a-t-il eu débat? Ou le tout est-il resté sous la seule responsabilité de Publicitas, l'agence qui gère les publicités et annonces dans le journal? Que se passera-t-il quand Tbilissi achètera dans la Tribune le même espace publicitaire pour une annonce en faveur des 'siens', clairement identifiés comme les ' ennemis' par les russes?

     

    L'autre question ressortit aux rapports entre rites religieux et propagande politique. Payée ou non, une invitation d'une ambassade à faire mémoire et à prier pour 'ses' morts n'est pas chose anodine. L'ambassade prie-t-elle vraiment pour le repos de ses concitoyens, le veut-elle, le peut-elle? Si l'ambassadeur prie, il peut difficilement le faire dans le cadre de sa fonction.

    La prière orthodoxe:

    Cette prière des quarante jours après le décès d'un proche est un acte familial et ecclésial. Habituellement, il est célébré par les familles, voire le village, dans une église, avec un prêtre. Le gouvernement russe se substitue ici aux familles et aux autorités ecclésiastiques et récupère à des fins politiques un rite chrétien très populaire. Cette alliance du sabre et du goupillon sent le soufre. Elle n'en est pas, hélas, à sa première manifestation: la présence très médiatisée du président et du premier ministre russes aux obsèques de Soljenitsine en furent les prémices.

    L'enseignement du Christ:

    Le Christ a enseigné ceci: « Vous avez appris qu'il faut aimer son prochain et haïr son ennemi. Moi je vous dis d'aimer vos ennemis et de prier pour ceux qui vous persécutent » (Evangile de Matthieu, ch. 5 v. 43). Il appelait à dépasser la fameuse loi du Talion: œil pour œil, dent pour dent, blessure pour blessure, mort pour mort. Audace folle, dérangeante aujourd'hui encore! Prier pour le proche et l'ennemi, c'est tout simplement et devant Dieu refuser de juger entre l'un et l'autre et ne pas annexer Dieu à sa cause, aussi noble sois-t-elle. C'est aussi associer ce qui est dissocié, réunir dans l'espérance ce qui est divisé sur la terre. Il s'agit d'un acte prophétique, provocateur aussi, probablement insupportable, dans un premier temps au moins, pour les victimes. Mais une guerre, ne fait-elle pas que des victimes? La prière les remet toutes à Dieu, sans distinction de patrie ou de parti. Cet impératif, toute Eglise doit le rappeler, à temps et à contre temps, sous peine de se trahir et de trahir sa Source.

    Dans la Russie post-soviétique, que d'aucun rêvent en Russie Eternelle, l'Eglise orthodoxe se trouve à un carrefour: soit elle garde la distance nécessaire à sa crédibilité évangélique, soit elle y renonce et, après un temps de gloire bien éphémère et peu évangélique, elle subira le jugement des hommes qui fut le sien dès la révolution d'octobre (1918): sa collusion avec le pouvoir tsariste avait participé à sa chute.